1. August Llew. 02/05/13

    P5028742P5028751Screen Shot 2013-05-02 at 11.06.43 PMP4178694P5028755P5028769Screen Shot 2013-05-02 at 11.05.01 PMP5028750

    It’s hard not to take photos of him. Childhood is such an easy subject, yet it’s not so easy to really depict its reality. Here is August on “his” window. his little perch above Park Avenue. He is obsessed with thresholds, spacial outsets, doors and physical in-betweens. Do you remember the tree-house in Foucault’s Heterotopia

    Often, he looks through Sally Mann’ “Immediate Family”, a book of photos I love more than any other photo essay I own. I feel I’ve been obsessed with this book for nearly a decade. August looks at every picture, recognize the faces, maybe even some familiar wildness and rawness. Of course, I am no Sally Mann, not even a photographer, barely a mother, but I hope I am, at last, an honest observer of his childhood.

     


  2. À propos des lueurs.

    P2028660

    It’s been almost 6 months I haven’t posted anything here. Winter in the North - maybe you know what I mean. I am also working on a website where I’ll share radio pieces I’ve recorded, sketchbooks, and perhaps some short stories I wrote.

    In the mid-time, I’ll try to feed this blog with close-ups and ideas and everyday lightness. nothing fancy, i am afraid, but i like it better this way.

    P2028661

    Here are 3 photos that I love. They were taken by my son, a couple of months ago, when he was about 20 months old. He adores my camera so I let him play with it sometimes, only to find, much later, little gems like these shots of our living room paper lantern. His photos are often blurry but they translate a world’s view that is totally foreign to me. Shots from his perspective make me see the house in a complete new scale. They help me grasp the immense proportions of things for a 2 years old. It’s good to be reminded this way, through lenses, I mean.

    I think I’ll try to post regular photos taken by him, like a little serie or something. 

    P1018616

     

  3. I was at Expozine most of the week end, sharing a table with these two very talented artists and friends. I was there for my zine, Hunting horns, ou Cors de chasse en français, a bilingual, poetic, screenprinted little book about objects and loss. I had a lot of fun meeting people, the crowd was huge and I even sold out on the zines I brought with me for this event. However, I still own copies of the zine at my home, and since I gave away the address of this blog (I think it’s time I open a real website), I should say that you can order my zine (or just write to me to say hi if you already bought one) at:

    sarafleury@gmail.com

    Thanks for coming to Expozine, thanks to the ones who bought my zine. 

    Hunting Horns is a very personal and handmade little thing. When I crafted it, my son was 5 or 6 month old and I had been staying at home with him since he was born. Leaving the house, leaving him, even just for a few hours to screenprint and write was both liberating and one of the hardest thing I ever done. Especially because the zine is about my own father and asks the question of absence, as a parent. 

    Around 5 pm on Sunday, I finally had sold enough copies (including 2 for zine-librariesin Toronto!) to be able to walk around Expozine and buy awesome prints and zines and other unique creations. The whole experience was super inspiring and tonight, all I want to do is drawing and drawing and drawing. 

    See you next year, Expozine! 

     


  4. This land is your land

        ” Tous les soirs, après avoir fermé les rideaux des deux mains, elle lavait sa robe bleue-de-mer dans l’évier, sous un filet d’eau gelée. Tous les matins, elle l’enfilait à nouveau, incapable de porter un autre vêtement. Elle restait ainsi, assise dans la robe bleue-de-mer, assise au bord du lit face à la fenêtre. Son regard allait de la fenêtre au téléphone argenté à cadran manuel, puis du téléphone à la bible posée sur la table de chevet. Le soleil embrassait son front et ses épaules, la vitre était ouverte, et les rideaux – deux voiles blancs – se gonflaient comme une main qui tentait d’agripper quelque chose, ou bien qui tentaient de l’agripper elle, à l’intérieur de la chambre.

         Une autre nuit, Norma s’était redressée en sueur, les vêtements mouillés comme si elle était restée pendant des heures sous la pluie. Elle ne se souvenait pas d’être allée sous la pluie, mais à ce point-ci de l’histoire elle n’était plus sure de rien, et moi non plus je n’étais plus sur de rien. Dans la pièce sombre, elle avait vu un homme, habillé de noir, les cheveux noirs et la bouche noire. Il était assis sur une chaise avec une guitare, il lui avait parlé tendrement. Elle connaissait sa voix et son nom par coeur, mais cet homme là était mort depuis longtemps. – Papa ? avait-elle demandé tout bas. 

    Il avait croisé les bras sur le manche de sa guitare, un sourire embarrassé.

    - Non, Johnny. Johnny Cash”.


     


  5. bath time, sunday morning

    P8078353

    P8078275

    P8078322

    P8078297

     


  6. Interlude

    C’est une chambre de motel, au bord d’une route qui n’a pas de nom ; Une route qui n’a plus de nom ; Une route qui a volé le nom d’une autre. C’est une route qui porte le nom d’un pont, d’une bataille – ou alors un nom de chien ? –  Si tu veux, un nom de chien. C’est un motel rose sacripant, qui fait irruption entre les cloques et les boursouflures de la route sans nom, sans pont. À la fois, tu t’en étonnes – Tiens, regarde là, c’est un motel –  et pourtant, tu le dépasses à toute allure, la vitre baissée, un coude dehors et la clope tournée vers les trop nombreux décolletés de la plaine. Trop de femmes ici, trop de femmes sans noms,dis-tu, tandis que le motel s’éloigne dans le rétroviseur.

    Ceci est une route, ceci est un motel. Avec des chambres trop nombreuses, avec des murs en béton trop courts. Avec des murs roses et rugueux, comme ton coude, à la fenêtre de la voiture. Dehors, la plaine. Dedans – Qu’est-ce que tu vois ? Hein, qu’est-ce que tu vois dans le rétroviseur ?

        - Je crois que c’est une femme, tu réponds, elle ferme les rideaux.  

                                               Screen Shot 2012-08-28 at 1.29.08 PM

                                                                       

     


  7. Nouvelles légères

          Il est 23h, dimanche soir, une chaleur moite et un orage qui vient de tirer son dernier coup de tonnerre. La maison est silencieuse, je suis affalée sur un grand lit blanc et je travaille sur une traduction. Sur la table, un pain de maïs encore tout chaud et un peu de miel de lavande…

    La vie est jolie ces derniers temps, à Montréal - Un petit d’homme qui grandit et qui m’enchante de plus en plus, une canicule grisante, des projets d’avenir et des paris sur l’Ailleurs; Des noms de villes et de pays qui défilent devant moi, comme des nuages dont je dois deviner les formes: Louisiane, Japon, Italie. Ça fait du bien de se projeter, de rêver grand. Ça faisait trop longtemps.

    Pour les photos, aujourd’hui je vais faire dans l’August. Juste parceque, et voilà. 

    P8048055P7298053P7147989P7158015 P7147977P7147981P8048058

    L’avant dernière photo représente la table de la salle à manger reconvertie en “table d’hôpital” pour une nouvelle sur laquelle je travaille… parfois, lorsque je n’arrive plus à écrire, que l’histoire ne tient plus debout, je découpe le corps entier du texte en petits segments. Puis je fais “abracadabra”, et j’essaye de recoller les bouts dans un ordre différent. En fait, c’est un peu comme de démonter sa mobylette le dimanche, pour en comprendre le fonctionnement et la structure. Il faut aller voir ce qu’elle a dans le ventre, l’animale! 

    Pour ce qui est des autres photos, pas besoin d’explications: August qui chante avec le micro-brosse-à-cheveux, August à la piscine, August apprend à dessiner et s’en fout partout, August apprend à manger et s’en fout partout, and so on and so on… 

     

  8. Sans doute le film le plus excitant de la dernière sélection cannoise: des animaux préhistoriques, le deep south, l’enfance et la mort mêlées, le spectre d’un ouragan-monstre. <Soupir>

    MISE À JOUR: Vu ce film lundi dernier -  mon instinct ne m’avait pas trahit. J’ai pleuré dès les premières minutes tellement c’était fucking fucking beau. Probablement le meilleur long métrage vu ces 5 dernières années. Je sais que je ne suis pas tout à fait impartiale : beaucoup des sujets abordés m’émeuvent par dessus tout, sont devenus des obsessions, des paysages intérieurs (comme cités plus haut: Les créatures mythologiques au carrefour de l’enfance et de la Louisiane, la mort du père, l’eau qui gronde, le courage des femmes et des filles, la poésie, la poésie, et la poésie). 

     


  9. Casseroles

        Départ pour le Canada imminent. Huit d’heures d’avion seule avec un petit garçon qui refuse de rester assis plus de deux secondes… Mais je pars retrouver Montréal, mes casseroles (qui se taisent désormais, parait-il) et un été digne de ce nom. 

    P5267830

        Au delà de l’espoir mêlé au dégoût, au delà des contingences politiques, des défaites sociales, des gestes intolérables de la force publique, de la lâcheté à peine dissimulée d’une presse qui n’en porte que le nom, au delà de cette lutte bâtie de rien et qui gronde de plus en plus fort et de plus en plus loin, de la rage qui claque et qui tambourine à dos de casserole et à coups de cuillères. Au delà de tout cela, il y a la joie immense qui vous prend par surprise de voir un peuple debout et rassemblé. Quelque part, je me dis que si victoire il y a, elle est peut-être juste là, sous nos yeux, dans le rassemblement tristement joyeux de quelques milliers de voisins qui avaient juste besoin de se sentir appartenir à quelque chose de plus grand, quelque chose qui se rapprocherait d’un idéal de collectivité.

    P5267832

         Je pense souvent à vous, mes amis, qui risquez l’arrestation en prenant le métro ou vous baladant avec un simple carré rouge accroché à la veste, je pense à vous et je voudrais vous dire que d’ici, en France, malgré tous les mensonges et les manipulations médiatiques de votre pays, nous ne retenons que votre lutte et votre espoir et que nous nous insurgeons contre l’acharnement anti-démocratique de votre gouvernement. Les gens et les journaux hors-Canada parlent beaucoup de vous, de nous, de nos casseroles, de nos manifs’ en des termes qui ne laissent plus de doute sur le bien fondé de notre révolte.

    Ne lâchez rien.

    P5267821

     Jolies photos du printemps érable:

    http://www.theatlantic.com/infocus/2012/06/the-montreal-protests-4-months-in/100315/

     

     


  10. PARIS (take II)

    P6067897

    Derniers jours en solo, dans mon ancien quartier de Montmartre. Sans enfant, sans homme, sans mère, sans bouquin à écrire. Vous auriez dû voir ma tronche défaite sur le quai de la gare, à deux doigts de rebrousser chemin pour récupérer mon ordinateur laissé à la maison avec tous mes textes dedans. Mais j’ai résisté, et ce fût merveilleux.

    J’aurais pu traîner dans des musées que je ne connaissais pas, manger dans des restos inconnus et profiter de Paris telle une touriste ingénue, mais c’est tout autre chose que j’étais venu trouver : des lieux familiers, des gestes qui m’avaient appartenus, des rituels initiés il y a des années, quand ils n’étaient rien d’autre que de simples habitudes.

    Je suis donc partie fouiner dans la librairie des Abbesses pour y acheter Trois femmes puissantes de Marie Mdiaye, un essai sur l’écriture : L’urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint, et deux recueils de nouvelles françaises (pour une fois), Le tapis du salon d’Annie Saumont et Un renard à mains nues d’Emmanuelle Pagano (remarquons la présence exponentielle des auteures dans mon choix de lectures). J’ai discuté un moment avec le libraire qui, à ma grande surprise, glissa trois autres livres de poche – dont un Carrère et un Saul Bellow. What else ? – sur ma pile déjà haute.

    Des libraires comme ça, il en faudrait à chaque fin de mois difficile.

    Pris le train en sens inverse en portant un sac alourdi de livres, d’une petite robe bleue, et d’un élan tout neuf. 

     


  11. Palais de Tokyo

    P6067880 P6067872

    Balade de quelques jours à Paris avec August et Z., soirée au Palais de Tokyo où nous sommes tombés sur une expo aux airs tribaux plutôt réussie, avons changé des couches  sur un banc devant la projection d’un film documentaire génial, pris un ascenseur pour nous rendre au sous-sol d’une expo et atterri – littéralement – au milieu d’un vernissage très chic sur les montres de luxe où n’étions pas du tout invités.

    P6067924 P6067904P6067920P6067894

    En parlant d’ascenseur, saviez-vous que celui du musée d’Art Contemporain est aussi conceptuel que le lieu qu’il dessert? Pour vous rendre au rez-de-chaussée, si vous êtes en bas, il vous faut appuyer sur le niveau 6 mais si vous êtes en haut, alors il vous faut demander le niveau 2. Par contre, si vous souhaitez vous rendre au sous-sol, c’est le niveau 4 qui est de rigueur.

    Wonder-ascenseur.

    P6067871

    Un seul regret, cependant : ne pas avoir acheté, dans la boutique du musée, l’une de ces petites pochettes en plastique avec pilule bariolée et packaging vintage. Des pilules crées par une artiste canadienne (Dana Wyse) afin de guérir les sorts les plus improbables ou accomplir d’incongrus miracles tels que Comprendre l’Art contemporain instantanémentFaire chanter son chat comme Céline Dion », Rester amoureux toute sa viese convertir au judaïsme ou devenir un écrivain génial.

    Déclinaison pharmacologique des super héros – et de tout ce qu’ils illustrent de l’époque dans laquelle nous vivons – sous la forme de superpouvoirs, de rêve et de renouvellement identitaire. 

    P6067916 P6067917 P6067915

     


  12. Pastis, train et tuiles.

    P6107939

         Dans le train du retour, les toits aux couleurs de bonbon ont laissé place à l’ardoise et aux tuiles brunes, à la pluie, aux vaches, au chant du hibou, tandis que je cuve les derniers pastis de la veille au soir, en rythme avec la trame des rails. J’ai donc dormi, j’ai écrit un peu, mordu dans une navette retrouvée au fond de mon sac (c’est pas terrible, la navette, sois dit en passant). Pensé à Z. qui prenait son avion pour Montréal au même moment. Pensé à plus tard, bien plus tard, à cette éternelle question qui semble tarauder tous les exilés : partir ou rester ? Un jour Montréal, demain Marseille, pourquoi pas ? La jubilation de faire tourner le globe bleu-piscine et de pointer son doigt sur une région du monde neuve et vierge, où tout est encore à construire, où l’herbe est d’un vert inégalable, où la terre est intacte de nos traces. Jusqu’à la mise à l’épreuve du réel et l’insatisfaction chronique qui en découle (« sordide science humaine pleine de jeux de séduction et de mensonges* »). Et non, ce vert n’était pas encore le bon, cette ville pas tout à fait ce qu’on avait espéré. Il doit pourtant bien exister un espace où tout est merveilleux, ou du moins, tolérable. Un lieu où l’on se renouvelle au lieu de s’accumuler. Encore et toujours, cette « quête du lieu acceptable » dont parlait Depardon dans le livre Errance et qui ne me quitte pas depuis des années. Impression de rabâcher, mâcher, plier/ déplier les mêmes phrases, les mêmes mots : des obsessions. Heureusement pour ma gueule, l’écriture s’inscrit justement dans ce mouvement, dans cette quête. À travers elle.

    * Blaise Hoffmann, Estive. En écrivant ce passage, lui parlait d’une montagne « qui résiste ». Épreuve du réel, du pareil au même.

    P6107941