1. GOOD MORNING

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    Je n’étais jamais été du matin, mais il faut bien… Ces jours-ci, nous nous levons juste après le soleil dans une lumière blanche et crue très singulière, typique des mois de février à Montréal. Impossible de se cacher dans les plis, dans les gris, la neige ne pardonne rien.

    Les ciels ardoises, la pluie, le lait caillé, tout ça me manque parfois. 

     
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  3. et zou.

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  5. Le Mans, ville dangereuse.

    Pour google et sa barre de recherche intuitive, la suite logique après Le mans, est: ville dangereuse. Alors non, je m’indigne! Et je sais de quoi je parle puisque j’y ai grandi, au Mans, entre la gare et la cathédrale, l’une tentant de fuir par la terre, l’autre par les airs. Moi j’ai choisi la voiture, c’est bien aussi, la voiture. Car soyons honnêtes, celui qui un jour ne cherche pas à renier Le Mans n’est pas manceau. Comme Hélène Rollès ou Hélène Bessette, je fais peu cas de mon passé dans les tranchées sarthoises. Et pourtant. Un exercice d’écriture initié par Le Retour du Flâneur de La Traversée ayant pour thématique le quartier, a presque réussi à me faire changer d’avis. Tout à coup, illumination - ça tombe bien c’est dimanche -, je comprends à quel point mon enfance dans cette ville fût merveilleuse et vulgaire, enfin surtout vulgaire, mais merveilleuse quand même. L’effet est comparable à, disons, la découverte d’un double-fond truffé de lettres cochonnes dans le tiroir de la commode d’une grand-mère. La commode étant mancelle, évidemment. 

    Aujourd’hui, comme je n’arrivais pas à avancer sur mon mémoire (dû sans doute à cet enfant qui me ressemble vaguement et qui rampe dans mon salon mais ne semble jamais avoir envie de dormir), je me suis amusée à écrire quelques notes sur les quartiers, les maisons où j’ai vécu (ces «rappels de souvenirs à peu près effacés »). Je ne suis pas sure que “ces notes de terrain” répondent à la consigne de l’exercice de l’Atelier de la Traversée c’est pourquoi je les poste ici. Voici donc des fragments (c’est à dire une technique de postmodernes pour ne pas dire : écrivain - poil dans la main) rédigés entre deux biberons, un vomi et six changements de couche. 

    Quartier. I.

    La ville vieille. 1983-1994.

    Dans les années 80, le Vieux Mans est un havre de paix pour artistes fauchés, pigeons voyageurs et catholiques. Ainsi je suis devenue les trois à la fois. Le maire étant communiste, il bâtit des H.L.M dans des maisons médiévales à pans de bois.

    Notre cour était un entrepot pour les têtes coupées au Moyen Âge. Ma chambre était celle du bourreau tandis que le reste de l’immeuble servait de geôle pour les fous. Aujourd’hui, rien n’a beaucoup changé: la voisine du dessous a la maladie de la vache folle, au deuxième habite un marquis - attention, un vrai ! - qui ronfle proportionnellement au degré d’alcool qu’il ingère, et au rez-de-chaussée vit un couple qui sent le tabac froid, leur fille Anita, trois bergers allemands, un canaris et deux géraniums roses. Le tout en parfaite disharmonie. 

    Dans la vieille ville, peu de places pour se garer (les architectes urbains du Moyen-âge n’étaient pas des êtres visionnaires). Au chaud dans la voiture, nous tournons 100 fois chaque matin et 100 fois chaque soir à la recherche d’un emplacement. Ma mère fait le tour du quartier en priant : Un place de parking trouve nous, cher St Antoine de Padoue. Parfois nous faisons semblant de ne pas remarquer les places vacantes et nous roulons à travers les rues impraticables. Nos voix résonnent comme des silex taillés à même le pavé.

    En face de chez moi, le Pilier aux Clefs. Je vais souvent rendre visite au sculpteur, le père de M., qui a investi les lieux. Le sol est jonché de copeaux de bois bouclés blonds et roux. Les sculptures sont des visages imberbes que je touche du bout de l’index avant de me faire taper sur la main. Le sculpteur n’aime pas les petites filles. Ni moi, ni la sienne. Il préfère les petits garçons. Bientôt, il est envoyé en prison et l’atelier devient un magasin de figurines Tintin

    Les filles de la boulangère sont souvent à la fenêtre de leur maison à colombages qui donne sur la place St Pierre La Cour. De leur balcon au 3ème étage, elles regardent les garçons faire du skate sur la rampe qui descend vers la ville neuve. Le soir elles se cachent dans les recoins et les fissures de l’enceinte gallo-romaine et crapotent des blondes en rêvant à un pavillon avec balançoire.

    Quartier II.
    Division bleue. Le quartier de la gare. 1994-1998.

    Ma rue s’appelle Bazeilles, en référence à la bataille franco-prussienne de 1870. Ma rue s’appelle Bazeilles et parfois elle ressemble au tableau d’Alphonse de Neuville, « Les dernières cartouches ». Quelques soldats épars, une fenêtre ouverte sur un ciel bleu glacé : les éclats d’une enfance sur le point de s’achever.

    De la fenêtre de ma chambre, vue sur des jardins en bocage : bandes de gravier et de terre enserrées par deux murets en ruine. À droite, un chien et un enfant hurlent à l’unisson. À gauche, un pompier à la retraite passe la tendeuse le dimanche, à 8h.

    C’est ma première vraie maison, mon premier jardin. Quand nous déménageons, notre chat disparait. Nous le cherchons pendant deux mois. Le dimanche aussi, avec mes grands-parents. Nous sonnons à toutes les portes de la rue, nous allumons des cierges à Padre Pio dans l’église sur la place. Et puis c’est au tour de mon grand-père de disparaitre: fracture du cœur. Sur son lit d’hôpital, il demande à ma mère :« Et le chat? » Le lendemain de la mise en terre, nous ouvrons les volets, l’herbe est recouverte de givre. Le chat nous attend sur le bord de la fenêtre.


    Ma rue est un rang de mancelles à deux étages collées les unes aux autres. Les façades ressemblent à des visages maigres avec deux trous pour les yeux et une bouche verticale. Derrière, on aperçoit des petits vieux qui vivent couchés. Ici, les maisons finissent toutes par se confondre et se chevaucher, comme une corde à linge de famille nombreuse. 

    Au bout de la rue, un arrêt de bus, une boulangerie, l’armée du Salut.

    Au bout du bout de la rue, une famille d’hommes. Quatre garçons et un père. Pas de mère, pas de sœurs. Parfois une fille mâche du bubble gum sur le pas de leur porte en riant comme un petit singe aux blagues du fils ainé. Le plus jeune fait pétarader sa mobylette devant ma fenêtre. Il a 6 ou 7 ans, les cheveux rasés et le regard torve. Un jour, des policiers viennent arrêter le père, de mon lit j’entends le petit pousser des cris aiguisés comme des couteaux.

    Au bout du bout du bout de la rue, les trains passent et font trembler nos cordes à linge, nos maisons, nos ventres. Des milliers de rails y courbent la terre. Une rail, un vœu, deux rails, un train, trois rails, un oeil. Au bout du bout du bout de la rue, il existe autant de voie en fer que de ligne de désir.  

     
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  7. Monsieur et Madame au chalet.

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  9. I will be showing my first zine this week end at Expozine, in Montreal. It’s called Hunting horns and it’s a 16 pages, screen printed little book. So much work, energy (and money) into this small thing… Not quite sure how I feel about it yet! 

    If you are in Montreal, come see me! I will be with Ateliers ZAZ, a fine tribe of talented people. 

    Ateliers ZAZ:http://us2.campaign-archive1.com/?u=6d989d6b682d7f6b0a5802fd1&id=08c57efd6f

    Expozine: http://www.expozine.ca/en/

     
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  11. August aka chonchon aka baby-badger aka llew-llew aka petit prince is 6 months old today!

    Here is a photo of my boys for Halloween. August was supposed to dress up as Babar but we couldn’t find the right accessories… so I put together a suit from Gap and a wool crown from Oeuf and taaada! Here is Max from Where the Wild Thing Are. 

    He worked hard to get us lots of candies (Halloween was juste insane in our neighbourhood).

     
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  13. Julia Pott has released a new short film! It’s called Belly.

    Once, years ago, I ordered a few prints of her work (now in our living room and baby room of course), when she was still a student in London. She sent me drawings and an original oil painting of a bear as gifts. We chatted a little about the writing of short stories and the “art” of narration. It was nice. I bet you my right hand she’ll become a super successful film maker one day, she’s well on her way to be one. 

    Tomorrow I am screen printing at the studio. I have 20 days to finish the little book I told you about. Been writing and translating with Z. who is just a genius (and so audacious) with ideas and words. 

     
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  15. PAPER GODS.

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    Andrée-Anne Dupuis Bourret’s installation : Paper Fictions (excerpt). 800 modules screen print paper folded and assembled, variable dimensions, 2011.

    * I went to an event last night, organized by Ateliers Zaz at Sain Bol. It was a talk about Artists Books as a form of art. Andrée-Anne Dupuis Bourret and Isabelle Ayotte were sharing their process and their work with paper and screen-printing. Going to this friendly event, listening to amazing artists around a bowl of chili was especially opportune since I am in the process of making my first zine and I hope to screen-print it in the next weeks!

    * Remember this video I posted not too long ago, featuring Miranda July’s latest movie The future?

    Well, to my great great great joy, she is also launching a new book - nonfiction this time - called It chooses you, AND she is coming to Montreal to talk about it, AND you can read excerpts from the say-book in the New Yorker this week.

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    These pictures of Chloé taken at Lawrence are not exactly related to this blog post BUT you could say Miranda July and Chloé both have curly hair. This is enough for me to put this photo up.

     
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  17. Wishes

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    For August’s Baptism, we asked our friends to write a wish/advice/thought for him on pieces of fabric. Then we attached the colorful straps on a hot pink line with clothes pegs. Before, this wall was filled with baby names, now there is a wish rope that keeps growing.

     
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  19. BLEUETTE

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    September/October.

    Tonight I don’t feel like writing this capture in English, alors je switch dans ma langue maternelle.

    Depuis que je suis en congé parental, je perds ma langue. Impression de marcher sur une ligne médiane, entre anglais et français, de vivre dans une pelote de mots. Le parler est devenu primaire, mes deux principaux interlocuteurs étant: un bébé de 5 mois qui ne sait me répondre que par des consonnes en grappes de bulles et un mec qui lit Dostoïevski mais parle comme un gangster. C’est mince. 

    Ces dernières semaines, j’ai: 

    Fêté Thanksgiving /acheté une citrouille / mangé du foie gras maison / participé à un atelier de sérigraphie / imprimé des polaroïdes sur des sacs en papier et des cartes de montréal sur des bouts de tissus en lin / joué à l’interprète pour une démonstration culinaire de boudin blanc entre un charcutier vendéen en vacances et trois cuisiniers anglophones d’au moins 2 mètres / lu dans mon bain MurakamiPatti SmithElise Turcotte (ma prof) / construit un bouclier anti-culpabilité maternelle et reconquit le territoire de ma chambre à coucher (= A. a enfin emménagé dans ses quartiers) / enregistré une lettre sonore pour C. et découvert un nouveau logiciel de montage pas mal du tout (et pour une fois, fait POUR les journalistes et pas les musiciens) / écouté Nina Simone et Girls sur mon tourne-disques / joué 10 fois par jour à “coucou j’étais cachée derrière le torchon me revoilà” avec mon fils / assisté à une lecture de poésie et au lancement du livre de ma très chère amie Leigh Kotsilidis  / bu à cette occasion mon premier White Russian en 14 mois / dessiné un zine pour participer à ça en novembre, vu le dernier Gus Van Sant, etc… 

    Mais le grand évènement mondial, c’est quand même August qui a mangé de la COURGE. Mon petit bonhomme de 5 mois a donc avalé la première bouchée de nourriture de sa vie. En bon fils à papa maman, il s’est jeté dessus comme s’il avait fait ça depuis toujours. 

     
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  21. It’s been a while I haven’t posted anything. Mostly because little is going on these days. But it’s all about to change! August is going to daycare 2 days a week and I have projects lining up. It’s time to apply Miranda July’s method for “easily distracted people”. 

     
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  23. BITS + PIECES

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    These are from our week end (= Mondays and Tuesdays in the world we live in):

    Take a stroll while you still can, have more fun than your own child picking up kids books (here and here), sit in the park and play board games, win, have oysters, ice tea, go on a date and order sweetbreads. Take and post too many pictures of your son, sing happy monthly birthday August Llew as he turns 4 months old, tell him the story of his great-great grand mother who was curiously called Berthe-aux-grands-pieds and who was indeed a shoemaker. Make a list of the things he does now (smile, belly-laugh, like to touch his feet and right ear, meow like a cat, turn strawberry blonde, be a lion, a taurus, a monkey, hold his bottle, wake up at 1 am, 5:30 am, 7 am, 8 am, 9 am every night and cat-nap during the day, turn the pages of his books, pull Sailor’s hair, roll over, look at for hours light through the trees). 

    Make a deal, make a yellow wallpaper for Alphonse, look in the dark for a pacifier at 4 am, shower with freezing water at noon, visit daycares with dog shit on the playroom floor, get the brown leather boots out of the closet. See A.P and a painting with a babouche sleeper, dream about a plane landing into a giant carved tree. Think about the word “gisement”. Think about your mornings and all the mornings of the world and how they liked this film in particular and films in general. 

    In other news: we are back into civilization with power and hot water, the internet, etc. My eyes are still bleeding from reading and playing chess at the light of 3 candles.

     
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